Chaque année, l’organisme ÉquiLibre mène la campagne « La grossophobie, ça suffit! », avec des personnalités connues comme porte-parole (Debbie Lynch-White cette année). C’est une belle occasion de rappeler ce qu’est la grossophobie : la stigmatisation et la discrimination envers les personnes grosses, qui peuvent avoir de graves conséquences sur la santé physique et mentale. Le message central mérite d’être répété : notre poids ne détermine pas notre valeur. Peu importe notre poids et nos habitudes de vie, on mérite respect, amour et soins.
J’en profite pour rétablir quelques faits, parce que les mythes sur le poids sont nombreux et tenaces. Je les explique plus en détails dans ma chronique du 23 septembre 2026 à l’émission de radio Pénélope.
Mythe : on a le plein contrôle sur notre poids
C’est le fameux « quand on veut, on peut », qui sous-entend qu’une personne grosse manque de discipline ou de volonté. Or, nos gènes influencent l’appétit, la satiété, la température corporelle, les rythmes circadiens, la mise en réserve de l’énergie et la dépense énergétique. Le plus souvent, ce sont des milliers de petites variations génétiques, chacune à effet modeste, qui s’additionnent. Certaines personnes en cumulent davantage : on parle alors d’un score de risque polygénique élevé. Résultat : dans un même environnement, nous aurons tous un poids différent. Et quand l’environnement est obésogène, comme le nôtre, ces différences s’accentuent. Ça n’a rien à voir avec le mérite.
Mythe : perdre du poids, c’est une simple équation
« Bouge plus, mange moins », c’est réducteur, et ça entretient l’idée fausse que les personnes grosses mangent trop et ne bougent pas assez. Le sommeil, le stress, l’état de santé et la médication entrent en jeu, et surtout notre historique de poids et de régimes. Quand on restreint, le corps se protège : la dépense énergétique diminue, la faim augmente, et le risque de reprise aussi. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est de la biologie. D’ailleurs, l’industrie des régimes est prospère… grâce à ses échecs.
Fait : le yoyo nuit à la santé
Les pertes et reprises successives entraînent souvent un regain de masse grasse et une perte de masse maigre, c’est-à-dire de muscles et d’os. Lutter constamment contre sa biologie est associé à un risque accru d’hypertension, de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de mortalité toutes causes confondues. Sans oublier les effets psychologiques : image corporelle, estime de soi, préoccupations envers le poids, voire l’apparition ou l’aggravation de troubles des conduites alimentaires.
Fait : on devrait parler de « poids naturel » plutôt que de « poids santé »
L’IMC, qui définit ce fameux poids santé, a été créé dans les années 1830 par le statisticien Adolphe Quetelet pour décrire des populations, sans intention clinique. Au début du 20e siècle, les compagnies d’assurance-vie l’ont détourné pour classer les individus et ajuster leurs primes. C’est ainsi qu’on l’a associé à la santé… et, faussement, à la volonté. Le poids naturel, lui, c’est la plage vers laquelle notre corps tend quand il n’est pas soumis à la restriction, à des règles rigides ou à une pression constante. Cette approche déplace l’objectif de la balance vers les comportements : alimentation, activité physique, sommeil, gestion du stress, relation avec la nourriture. Elle reconnaît la variabilité entre les individus et au fil de la vie, et réduit la culpabilité.
Mythe : il faut être mince pour être en santé
On juge trop souvent la santé d’une personne à son apparence. Or, tous les types de corps peuvent être en bonne ou en mauvaise santé. On distingue d’ailleurs maintenant l’obésité préclinique, sans atteinte à la santé, de l’obésité clinique, qui a des effets concrets sur les organes ou le quotidien. Faire du poids notre seul indicateur de succès, c’est risquer de se priver des bienfaits de bien manger et de bouger, que la balance bouge ou non.
Entendons-nous bien : je ne dis pas que le poids n’a aucun lien avec la santé. L’obésité peut s’accompagner de réels problèmes de santé, et c’est un dossier important en santé publique, qui mérite toute notre attention. Mais justement, la stigmatisation n’a jamais aidé personne à aller mieux; elle éloigne plutôt les gens des soins dont ils ont besoin. Pour s’attaquer sérieusement à cet enjeu, il faut commencer par le respect.
Image de couverture: ChatGPT

