On parle beaucoup de santé en politique. Mais l’alimentation, qui en est pourtant un pilier central? Très peu. TROP peu. Voici trois priorités que j’aimerais voir davantage sur la table de nos décideurs. Ceci est un résumé de la chronique que j’ai faite à l’émission de radio Pénélope, à Radio-Canada, le 9 septembre 2026, disponible sur la plateforme OHdio.

1. Favoriser le droit de manger à sa faim
Le chiffre choc : une personne sur cinq au Québec vit en insécurité alimentaire. 1,7 million de personnes qui n’ont pas accès à des aliments sains en quantité suffisante. C’était 14 % en 2018; ça grimpe, et vite. Les Banques alimentaires du Québec projettent encore +20 % de demande d’ici 2028.
Les conséquences? Santé, développement des enfants, précarité qui s’installe pour de bon.
Les partis en parlent, chacun avec sa recette (ce sont des exemple, la liste n’est pas exhaustive) :
- Intervention directe sur le marché de l’alimentation (encadrer les prix, créer des alternatives publiques, agir sur le pouvoir d’achat) – Québec solidaire
- Soutien indirect via le portefeuille des familles (crédits, appui aux commerces locaux) – CAQ et PLQ
- Aide directe aux organismes et au filet communautaire (banques alimentaires, popotes roulantes, éducation à l’école) – Parti québécois
Cette dernière approche a du mérite, mais Julie Paquette d’Alima le rappelle : le problème n’est pas un manque de compétences, c’est un manque de ressources et d’accès. Ça prend de l’argent pour acheter de la nourriture, pas juste des cours de cuisine.
Autre angle mort : depuis 1976, le Canada s’est officiellement engagé à respecter le droit à une saine alimentation en adhérant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) des Nations Unies. Ça fait donc 50 ans cette année. Pourtant, cet engagement n’a jamais été traduit dans une loi, ni au Québec ni ailleurs au Canada. L’Alliance SAT réclame justement une loi-cadre pour que ce droit devienne un critère dans toutes les décisions publiques.
Le Collectif Vital, lui, plaide pour des mesures stables et prévisibles (pas juste de l’aide d’urgence), et propose une taxe sur les boissons sucrées qui pourrait générer de 50 à 100 millions $ par année à réinvestir en prévention.
2. Faciliter la saine alimentation
Un décès sur cinq dans le monde est lié à une mauvaise alimentation. La moitié de ce chiffre? Un manque tout simple de fruits, légumes et grains entiers, et un excès de sodium (sel). Le nerf de la guerre : rendre le bien manger plus facile.
Aucun parti n’aborde ça de front, mais une politique existe déjà : la Politique gouvernementale de prévention en santé, lancée par le PLQ en 2016, reprise par la CAQ. L’idée : faire collaborer une quinzaine de ministères pour changer nos environnements du quotidien.
Le hic :
- 1 $ investi en prévention alimentaire = 5 à 12 $ économisés en soins de santé
- Mais les budgets vont surtout à l’élaboration de politiques, pas à leur mise en œuvre, dixit Benoît Arsenault, professeur titulaire et chercheur à l’Université Laval
- On sait où agir, dit Benoît Lamarche (directeur scientifique, centre NUTRISS). Il manque juste le courage politique. C’est moins vendeur que promettre des urgences qui roulent mieux.
3. Réintroduire l’éducation alimentaire à l’école
Les cours d’économie familiale ont disparu du curriculum au début des années 2000. Depuis, ce sont des organismes comme la Tablée des chefs et Les Ateliers cinq épices qui comblent en partie le trou, en activités optionnelles.
Le PQ veut ramener l’éducation alimentaire dans 70 % des écoles. QS propose des ateliers culinaires obligatoires dans les écoles munies de cuisines fonctionnelles, et surtout, des outils pour apprendre aux jeunes à décoder et résister au marketing de la malbouffe.
C’est un bon départ, mais il faut aller plus loin. Moderniser, ça veut dire :
- Garder les bases : cuisiner, comprendre une étiquette
- Ajouter des notions sur la relation avec la nourriture et la culture des diètes
- Donner aux jeunes un vrai « kit de défense » contre le tsunami de désinformation nutritionnelle sur les réseaux sociaux
Sur ce dernier point, ma collègue Julie Desgroseilliers a lancé une idée qui mérite d’être entendue : une loi qui interdirait aux personnes non qualifiées de donner des conseils dans un domaine (ici, la nutrition, mais ce serait vrai pour plusieurs autres domaines) sur les réseaux sociaux. Dans un monde où n’importe qui avec un bon éclairage et une caméra peut se proclamer expert, ça pourrait faire une vraie différence pour protéger le public.
Pour aller plus loin:
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) des Nations Unies
Alliance SAT. Ensemble, mettons l’alimentation et l’agriculture au menu des élections provinciales 2026.
Gouvernement du Québec. Stratégie nationale de prévention en santé 2026-2035.
